Des experts se querellent sur les vrais risques liés à l’amiante

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Sous-estimons-nous les vrais dangers de l’amiante ? C’est ce que pensent un expert de l’ULB et l’ABVA, l’association belge des victimes de l’amiante. Pour le labo A-Ulab,« il n’existe pas de méthodes normalisées d’évaluation du risque imposé par le cadre légal. En 1999, des critères ont été établis pour réaliser un inventaire « amiante » le plus objectif possible. Deux notions ont été prises en compte : la dégradation des éléments contenant de l’amiante et la dangerosité qui en découle, et l’impact sur l’environnement. Ces critères ont plus tard été modifiés, et cette nouvelle version ne prenait plus en compte certains paramètres tels que, par exemple, la présence d’enfants dans un bâtiment. Donc, selon que l’on prend en compte ou non certaines données contextuelles, les résultats peuvent être différents ».

Le labo estime par ailleurs que le taux maximal de particules dans l’air (100.000 fibres au m3), qui répond à une directive européenne, a été fixé pour un adulte et dans le cadre d’une exposition professionnelle et ne tient pas compte de présence d’enfant ou de personne dont la santé est affectée. Il plaide donc pour un abaissement de ce taux.

Un avis pas forcément partagé

Un avis que ne partage pas AIB Vinçotte, qui réalise nombre de ces expertises amiante en Belgique. « Quand on dresse une expertise amiante, tous les critères doivent être repris dans un inventaire. Il faut aussi reprendre les conditions réelles, estime Michel Vandegarde porte-parole d’AIB Vinçotte. Mais au final, ce qui compte, c’est le résultat du prélèvement. Si le taux est proche de la limite ou qu’il y a un doute quant à la présence de fibres pouvant être à l’origine de l’asbestose (NDLR : il s’agit de la maladie provoquée par l’inhalation de l’amiante), il est impératif de recourir à une analyse au microscope électronique, laquelle est fiable à 100 % ou presque ».

Amiante 100 000 décès annoncés

Il reprend et confirme les chiffres déjà donnés par l’Institut de veille sanitaire (INVS) : les décès provoqués par l’amiante, largement utilisé dans l’industrie et la construction jusqu’à son interdiction en 1997, ne sont pas près de baisser. Les estimations se situent entre 50 000 et 75 000 morts par cancers du poumon, et entre 18 000 et 25 000 par cancers de la plèvre (mésothéliome). Selon les travaux menés par cet institut, il y aurait déjà eu entre 61 000 et 118 000 décès, simplement entre 1995 et 2009.

Mais l’amiante existe toujours, dans nombre de bâtiments industriels, et même d’habitations. La presse par exemple a parlé de la tour Montparnasse, dont l’air est saturé d’amiante. Plusieurs organismes ont préconisé un nouveau seuil de déclenchement des mesures de protection contre l’amiante, actuellement fixé à 5 fibres par litre d’air. Beaucoup d’experts préconisent d’abaisser ce seuil, l’estimant trop élevé. Par exemple l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de l’environnement et du travail) recommande de le fixer à 0,5 fibre par litre, partant du principe évident que, moins il y a d’amiante, mieux c’est pour la santé humaine.

Malheureusement, le haut conseil préconise… de ne rien faire car, dit-il, « un abaissement prématuré pourrait même être contre-productif, car conduisant à une augmentation sensible des analyses, des travaux et des déchets à gérer ».

C’est vrai, les désamiantages coûtent très cher, ce sont des opérations lourdes à gérer, et parfois faites à moindre coût, au risque de mettre en péril la santé des ouvriers qui les mettent en œuvre. Mais la faute à qui ? Pourquoi les principaux responsables, industriels et professionnels du bâtiment, qui ont utilisé à très grande échelle l’amiante en en connaissant les dangers mortels, n’ont-ils jamais été mis à contribution pour tenter de réparer les conséquences mortelles de leurs pratiques ?

Pourquoi, en France, aucun procès pénal contre les patrons et les autorités complices responsables de ce crime de masse n’a-t-il pu avoir lieu ?

Bertrand Gordes

Amiante : la Cour de cassation rouvre le dossier, à nouveau mise en examen, Aubry reste « sereine »

La Cour de cassation a décidé de casser l’annulation de la mise en examen de Martine Aubry et ce contre l’avis de l’avocat général, qui avait préconisé le rejet du pourvoi. Sa situation et celle des huit autres mis en cause sera bientôt à nouveau examinée par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris.

« La cour de cassation ne s’est pas prononcée sur le fond. Elle a annulé sur la forme la décision de la cour d’appel, jugeant la rédaction de l’arrêt insuffisante, et a renvoyé à une nouvelle chambre d’instruction le soin de statuer à nouveau, a réagi la maire de Lille. Je reste totalement sereine car, comme chacun le sait, j’ai toujours agi au regard des connaissances de l’époque, pour protéger au mieux la santé des salariés et notamment ceux exposés à l’amiante. »

Soutenue par l’association des victimes

Martine Aubry rappelle aussi que « l’association nationale des victimes de l’amiante (ANDEVA) a d’ailleurs rappelé à plusieurs reprises, et encore récemment avant l’audience de la cour de cassation, que l’on n’avait rien à me reprocher sur ce dossier. Aujourd’hui comme hier et demain, je pense d’abord aux victimes de l’amiante et à leurs familles qui attendent depuis tant d’années une décision de justice. »

Le rappel des faits

Le dossier concernant l’ex-patronne du PS et maire de Lille porte sur l’exposition à l’amiante des salariés de l’usine Ferodo-Valeo, à Condé-sur-Noireau (Calvados), dont plus de 300 se sont vu reconnaître des maladies professionnelles. Une vingtaine de parties civiles, dont l’association des victimes de l’amiante, contestaient la décision de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, qui avait annulé le 17 mai neuf des mises en examen prononcées dans cette enquête. 

Mis en examen pour son rôle au gouvernement entre 1984 et 1987

Selon l’association des victimes de l’amiante, certains d’entre eux étaient impliqués, avant l’interdiction de l’amiante en 1997, dans le Comité permanent amiante (CPA), qualifié par un rapport sénatorial de 2005 comme un « lobby particulièrement efficace » de l’utilisation de cette substance cancérogène.

La maire de Lille avait été mise en examen en novembre 2012 pour homicides et blessures involontaires pour son rôle entre 1984 et 1987 au ministère du Travail, dont elle était la directrice des relations du travail (DRT).

« Impasse totalement inacceptable pour les victimes »

Même si l’Association nationale des victimes de l’amiante (Andeva) a toujours contesté le bien-fondé des poursuites contre Mme Aubry, contrairement aux huit autres personnes, les parties civiles se retrouvent mécaniquement conduites à contester sa mise hors de cause.

L’avocat des parties civiles, Me Arnaud de Chaisemartin, avait estimé que la décision qui a annulé ces mises en examen conduisait à une « impasse totalement inacceptable pour les victimes », jugeant que la chambre de l’instruction n’avait pas analysé les faits reprochés à chacun.

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